👋 Hola ! Ce vendredi, on s’intéresse à la stratégie des featurings dans le reggaeton, à la nouvelle carrière de Daddy Yankee, au terme perreo qui rentre dans le dictionnaire de l’Académie royale espagnole et à la bichota Karol G. Et en fin de newsletter, je vous partage trois morceaux coups de cœur. Bonne lecture 💌
Je suis une grande fan de Rauw Alejandro. Depuis plusieurs années, je suis avec assiduité ses sorties musicales. J’ai même eu la chance de le voir en concert à la rentrée. Mais ce qui m’a récemment bien plus intéressée, c’est le single « Airplane Tickets » sur lequel le reggaetonero a été invité vendredi dernier. Le titre est une collaboration entre les stars américaines Pharrell Williams et Swae Lee et Rauw Alejandro. De quoi offrir une belle visibilité au chanteur portoricain. « Rauw Alejandro aide le reggaeton à pénétrer le marché musical anglophone », estime Lucas Villa, journaliste spécialisé au média Remezcla. Et il n’est pas le seul.
Bad Bunny et Drake pour « Mía », Karol G et Nicky Minaj pour « Tusa » : les collaborations entre stars nord-américaines et étoiles du reggaeton sont fréquentes. Ces featurings sont un des éléments qui ont permis au reggaeton d’être diffusé à l’international. « Le reggaeton est plus sur la stratégie des featurings », me confirme Alix Bénistant, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Sorbonne Paris Nord. Il a notamment travaillé sur la mondialisation des musiques dites « latino ».
« Pour Gloria Estefan [chanteuse de pop latine cubano-américaine], la stratégie a été d’avoir une alternance linguistique dans les albums : on sort un album en espagnol, puis on va sortir un album en anglais […]. Avec Shakira ou Ricky Martin, ça a évolué, on a inauguré par exemple une stratégie de sortir les mêmes albums dans les deux langues. Pour le reggaeton, non. Il y a cette dimension mais qui est plus celle des collaborations entre artistes », développe le chercheur. L’idée : que ces featurings profitent aux artistes de reggaeton en les intégrant sur le marché mainstream dominé par l’anglais. « Le public anglophone est considéré comme étant le public majeur. Ça s’inscrit dans des rapports de domination entre les identités culturelles », rappelle Alix Bénistant.
Là où les reggaetoneros et reggaetoneras vont notamment faire appel à des artistes non-hispanophones, c’est dans leurs remixes. En 2017, Luis Fonsi et Daddy Yankee collaborent avec Justin Bieber sur le remix de « Despacito », et font du morceau un hit mondial (on l’a tous trop entendu). Le featuring dépasse aujourd’hui le titre original sur certaines plateformes, avec plus d’1,6 milliards d’écoutes sur Spotify. Preuve que la stratégie des collaborations aboutit. Aujourd’hui, elle semble même s’inverser. Sur « Airplane Tickets », c’est Rauw Alejandro (12 milliards de vues cumulées sur Youtube) qui est convié par Pharell Williams (2 milliards de vues cumulées sur Youtube). Bad Bunny était, lui, invité cet été sur le titre « K-Pop » de Travis Scott.
Pour Roberto Burgos, animateur emblématique de Radio Latina, certaines de ces collaborations profitent en effet désormais aux artistes non-hispanophones. « Je pense qu’en 2014, 2015 quand il y avait un Nicky Jam, un J Balvin qui faisait un duo avec une star internationale, ça rendait service aux chanteurs de reggaeton. Aujourd’hui, quand il y a des duos, on se demande à quel point ça rend service plutôt aux stars de la variété internationale », signale-t-il dans le très bon documentaire Reggaeton Théorie. Pour l’animateur, la collaboration entre Maluma et Madonna en 2019 a notamment permis à « donner un coup de jeune » à la reine de la pop. Une idée également esquissée dans la série Neon sur Netflix sortie à l’automne. Le reggaetonero Santi y fait la connaissance de Isa, popstar internationale, qui cherche à renouveler sa carrière en liant son destin amoureux au jeune chanteur…
🗞️ L’autre actu de ces quinze derniers jours : Daddy Yankee a officiellement mis fin à sa carrière de reggaetonero dimanche 3 décembre. Le roi du genre a annoncé dédier sa vie à Dieu, au terme d’un ultime concert au Colisée de Porto Rico. « J'ai pu me rendre compte que j'étais quelqu'un pour tout le monde, mais que je n'étais rien sans lui. Ce soir, je peux dire que Jésus vit en moi et que je vis pour lui », a-t-il déclaré très ému. Merci pour les tubes Daddy Yankee, merci pour Gasolina.
:)🖊️ À noter aussi : Le terme « perreo » a fait son entrée dans le dictionnaire de l'Académie royale espagnole mardi 28 novembre. Le dictionnaire de référence pour l’espagnol le définit comme une « danse qui s'exécute généralement au rythme du reggaeton, avec des mouvements érotiques des hanches, et dans laquelle, lorsqu'elle est dansée deux par deux, l'homme se place habituellement derrière la femme avec les corps très proches ». Une définition hétéronormée alors que la communauté queer s’est aujourd’hui largement réappropriée le perreo.
💃 Où aller danser dans les 15 prochains jours ? JetLag organise sa dernière soirée de l’année à Montpellier samedi 16 décembre (oui, c’est demain). Au programme : reggaeton new et old school, neoperreo et cumbia RKT. Le collectif partage depuis 2018 les cultures latines et hispanophones au travers de contenus sur les réseaux sociaux, d’émissions ou de soirées. Rendez-vous est donc donné demain aux Sudistes à la salle de concert Rockstore, à Montpellier (20 rue de Verdun), dès 23 h 55. L’entrée est à partir de 12 euros.
Comment ne pas dédier à Karol G le portrait de cette première newsletter ? La chanteuse colombienne triomphe sur la scène reggaeton. Fin novembre, elle a remporté trois prix au Latin Grammy Awards (cette cérémonie récompense chaque année la musique enregistrée en espagnol et en portugais), dont celui de l’album de l’année pour Mañana Será Bonito. C’est la première fois qu’un·e artiste de reggaeton gagne cette distinction, la plus prestigieuse des Latin Grammys. Karol G décroche aussi ce soir-là le prix du « meilleur album urbain ». « Je ne peux pas croire que le meilleur album de musique urbaine soit d’une fille », se félicite-t-elle immédiatement. Avant elle, il faut remonter à 2013 pour voir une femme remporter cette récompense (la rappeuse Mala Rodríguez). Longtemps, Karol G a d’ailleurs rencontré des difficultés pour se faire une place dans le reggaeton. « C'était comme se frayer un chemin dans la jungle avec une machette », décrivait son père à ELLE en mai 2023. Mais la chanteuse colombienne a su faire émerger un reggaeton propre à elle, avec un discours d’empowerment. « C'est une idée importante dans toutes mes chansons, de représenter les femmes, pour que quand elles chantent, elles se reconnaissent », expliquait-elle cette année à Brut. Et d’affirmer : « C'est une question d'égalité entre les genres. Nous avons écouté ce qu'ils avaient à dire [les hommes] et maintenant, c'est eux qui écoutent ». En 2020, elle se réapproprie le terme « bichote », qui désigne un baron de la drogue dans l’argot portoricain, pour se représenter comme une femme puissante. Le titre affilié, « Bichota », comptabilise plus d’un milliard de vues sur Youtube. « Bichota est devenu un mouvement […]. Tout le monde peut avoir des bonnes chansons, peut avoir un moment. Mais avoir un mouvement, c’est une chose différente à trouver », estimait-elle auprès du New York Times mi-février. Aujourd’hui, Karol G est au sommet. La réédition de Mañana Será Bonito, sortie en août dernier, a été sous-titrée « Bichota season ».
« Provenza », Karol G : c’est le premier single de l’album à être révélé, l’un des plus connus aussi (avec « TQG » au côté de Shakira). Grand coup de cœur pour son clip qui appelle à se laisser vivre, dans une ambiance sororale.
« Gatúbela », Karol G x Maldy : au côté d’un des pionniers du reggaeton, Karol G laisse parler son désir. Une invitation parfaite au perreo.
« Mañana Será Bonito », Karol G x Carla Morrison : le dernier titre du disque, qui est aussi un album de rupture, soigne les cœurs. « Personne ne peut ternir ton éclat » nous rappelle Karol G.
Bonne écoute ! 📀
👋 C’est déjà la fin de cette première édition ! Je vous donne rendez-vous dans 15 jours, le 29 décembre, pour encore plus de reggaeton. À très vite !
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