Kessel

Consentement et perreo : oĂč en est-on ? đŸ€”

Révolution Reggaeton
3 min ⋅ 29/12/2023

👋 Hola ! Ce vendredi, on se penche sur la question du consentement au perreo (pas encore toujours respectĂ©). La suite de cette Ă©dition sera plus nostalgique, Ă  la (re)dĂ©couverte de ce qui a marquĂ© la scĂšne reggaeton cette annĂ©e. Au menu notamment : un portrait du producteur Tainy et mes titres coups de cƓur de 2023. Bonne lecture 💌

Pour un perreo consentido

Je ne suis plus aussi fan de Rauw Alejandro. Si vous suivez son actualitĂ© ou celle de la Catalane Bad Gyal, vous n’avez pas pu passer Ă  cĂŽtĂ© des dizaines de TikToks sur la « polĂ©mique Â» qui a eu lieu Ă  l’un des concerts du reggaetonero mi-dĂ©cembre Ă  Porto Rico. Bad Gyal est ce soir-lĂ  l’une de ses invité·e·s. Sauf qu’aprĂšs avoir partagĂ© une chanson ensemble, Rauw Alejandro lance : « Je voulais perrear avec Bad Gyal mais elle Ă©tait un peu timide Â».

Le reggaetonero insiste encore : « Si je suis cĂ©libataire Mademoiselle... Â». « Je vais faire ce que j’ai Ă  faire, c’est-Ă -dire chanter Â», lui refuse Bad Gyal. La chanteuse espagnole est trĂšs rapidement soutenue sur les rĂ©seaux sociaux pour avoir rĂ©ussi Ă  dĂ©cliner la danse. « Rauw, c’est l’homme excessif d’une discothĂšque Â», s’exaspĂšre une utilisatrice sur TikTok. Les deux artistes ont depuis tenu Ă  Ă©claircir le moment. Â« Je voulais Ă©viter d’ĂȘtre trop proche de Rauw parce que [
] je sais que j'aurais probablement Ă©tĂ© liĂ©e Ă  lui diffĂ©remment alors que nous ne sommes que des amis Â», a expliquĂ© la reggaetonera dans une story Instagram, soulignant ne pas s’ĂȘtre sentie agressĂ©e.


Si la vidĂ©o a cependant fait autant rĂ©agir, c’est qu’elle illustre parfaitement ce que peuvent vivre les femmes qui pratiquent le perreo. En club, cette danse trĂšs sexualisĂ©e, oĂč les corps sont trĂšs proches, apparaĂźt pour beaucoup d’hommes comme une invitation Ă  danser, voire Ă  toucher. La rĂ©currence des agressions sexuelles dont sont victimes les femmes pendant le perreo a notamment Ă©tĂ© mise en lumiĂšre dans une thĂšse portant sur les « jeunes femmes et la danse du perreo Â» en 2017 au Mexique. « L’objectification des femmes trouve une expression singuliĂšrement forte dans ce genre musical », rappelle par ailleurs dans un article publiĂ© cet Ă©tĂ© l’enseignant-chercheur Victor Santos Rodriguez.

Pour les femmes originaires d’AmĂ©rique centrale ou du Sud vivant en Europe, danser le perreo est en outre souvent synonyme de fĂ©tichisation. « On se faisait harceler, on Ă©tait Ă©xotisĂ©, on Ă©tait dĂ©rangĂ© tout le temps Â», raconte BĂĄrbara MartĂ­nez, originaire du Mexique et co-fondatrice du collectif Misantropical, en se rappelant ses premiĂšres soirĂ©es reggaeton Ă  Paris.

Le consentement au perreo est nĂ©anmoins aujourd’hui de plus en plus mis en avant. Les nombreux commentaires sous les vidĂ©os de Bad Gyal et de Rauw Alejandro tĂ©moignent aussi de l’importance accordĂ©e Ă  l’idĂ©e d’un « perreo consentido (consenti en français) » ces derniĂšres annĂ©es. « Il est intĂ©ressant que les attitudes des artistes de reggaeton soient remises en question. Comme dans d’autres domaines de la sociĂ©tĂ©, ce genre musical a connu une dĂ©construction », relĂšve l’agente Gris Onofre au quotidien El Mundo.

Dans la scĂšne reggaeton parisienne par exemple, les diffĂ©rents collectifs tendent Ă  rendre leurs soirĂ©es plus sĂ»res pour les femmes et les minoritĂ©s de genre. Les pistes de danse proposĂ©es par Perreo Supremo sont ainsi prĂ©sentĂ©es comme une « zona de perreo duro y consentido (zone de perreo intense et consentie en français). « Prenez soin d’avoir un consentement pour interagir avec l’autre, mĂȘme pour danser Â», rappelle rĂ©guliĂšrement le collectif JetLag sur Instagram. La Escuela de Perreo, qui a ouverte Ă  la rentrĂ©e Ă  Paris, donne aussi de la place au consentement en proposant d’apprendre Ă  « approcher quelqu’un pour lui demander s’il veut danser avec vous, comment danser avec cette personne tout en connaissant ses limites Â».

...

Révolution Reggaeton

Par Lola Uguen

Moi, c’est Lola, j’ai 23 ans et je suis Ă©tudiante en journalisme. J’ai grandi prĂšs de Brest, Ă  des milliers de kilomĂštres des CaraĂŻbes. Et pourtant, il y a trois ans, je suis devenue accro Ă  une chanson passĂ©e sur Skyrock : « DĂĄkiti Â». Du reggaeton. Quelques mois plus tard, je me suis envolĂ©e en Espagne pour un Erasmus. LĂ -bas, le reggaeton est partout : dans les boĂźtes de nuit, les centres commerciaux, Ă  la radio et dans les festivals. C’est devenu mon genre musical prĂ©fĂ©rĂ©.

Le titre « DĂĄkiti Â» ne vous Ă©voque peut-ĂȘtre rien, mais vous avez sĂ»rement dĂ©jĂ  entendu le nom de son interprĂšte. Il s’agit de Bad Bunny. De 2020 Ă  2022, il a Ă©tĂ© l'artiste le plus Ă©coutĂ© au monde sur Spotify. En France, la culture reggaeton se dĂ©veloppe aussi : des collectifs se crĂ©ent, les soirĂ©es sont de plus en plus nombreuses.

Avec RĂ©volution Reggaeton, je vous propose de dĂ©couvrir ce genre musical venu de Porto Rico, et de se pencher sur son influence un vendredi sur deux. Au programme : des sujets autour de l’ampleur que prend le reggaeton, des actus, un·e artiste Ă  dĂ©couvrir et une mini-playlist.