Kessel

💿 Il collectionne des CDs de reggaeton depuis 20 ans

Révolution Reggaeton
3 min ⋅ 26/01/2024

👋 Hola ! Ce vendredi, je vous emmĂšne dans la collection impressionnante de CDs de reggaeton d’un passionnĂ© lillois du genre puis dans l’univers de Bad Gyal, qui sort son premier album aujourd’hui. Bonne lecture 💌

Dans la grande collection de reggaeton d’Adrien Vanbocquestal

J’étudie Ă  Lille depuis un an et demi et jusqu’à prĂ©sent l’univers du reggaeton s’y rĂ©sumait, pour moi, au Latina CafĂ©, un club oscillant entre titres de reggaeton mainstream et variĂ©tĂ©s internationales. C’était avant de rencontrer Adrien Vanbocquestal, plus connu sous le nom de Dj El FrancĂšs. Dans son appartement nichĂ© au cƓur de la capitale du Nord, le Ch’ti de 47 ans collectionne depuis 20 ans les trĂ©sors musicaux du genre. « Porto Rico a changĂ© ma vie Â», garantit-il, depuis son canapĂ©. En fond : un mur rempli de CDs.

« Ce sont des pĂ©pites, qui font partie de la lĂ©gende de l’underground reggaeton Â», dĂ©bute-t-il, en dĂ©voilant sa bibliothĂšque. Le passionnĂ© tient entre ses mains l’album Playero 37 (Dj Playero, 1992), considĂ©rĂ© comme l’un des premiers enregistrements de reggaeton. « Ă‡a, je suis fier de l’avoir », montre-t-il plus loin, en dĂ©signant une compilation 1998-2003 de HĂ©ctor y Tito. Luny Tunes, Tego CalderĂłn, Plan B
 Les artistes du reggaeton old school et underground se succĂšdent sur l’étagĂšre. Dans la nouvelle gĂ©nĂ©ration, seul Bad Bunny semble avoir rĂ©ussi Ă  trouver une place. « J’écoute aussi Tokischa Â», glisse cependant le collectionneur.

Adrien Vanbocquestal présente l'album Playero 37 devant sa collection de CDs de reggaeton.Adrien Vanbocquestal présente l'album Playero 37 devant sa collection de CDs de reggaeton.

Adrien Vanbocquestal a dĂ©couvert le genre musical au dĂ©but des annĂ©es 2000 Ă  Porto Rico. « Le reggaeton s’y Ă©coute dans la rue, dans les voitures Ă  fond Â», rappelle-t-il. La collection dĂ©bute alors, « au fur et Ă  mesure Â». « Je collectionne aussi des magazines sur le reggaeton. Ces magazines de l’époque, ça ne courrait pas les rues Â», ajoute-t-il. Le passionnĂ© est presque « tout seul Â» Ă  Ă©couter le genre musical dans l’Hexagone. Qu’importe : il lance une Ă©mission musicale sur Porto Rico (« Que La Que Hay Â») et organise pendant plusieurs annĂ©es des soirĂ©es 100 % reggaeton Ă  Lille, au Djoloff. « Ă€ chaque fois, j’avais du monde Â», sourit-il.

J’ai dĂ» passer deux fois quatre heures Ă  bouger 5 000 CDs

Aujourd’hui, le passionnĂ© possĂšde une centaine de disques, presque tous impossible Ă  dĂ©nicher en France. Sur son bureau, une dizaine de CDs attendent encore de rejoindre la collection. « Ce sont ceux de mon dernier voyage Â», indique-t-il. Le Lillois a achetĂ© la plupart de ses albums Ă  Porto Rico. « Je suis allĂ© dans un endroit underground, j’ai dĂ» passer deux fois quatre heures Ă  bouger 5 000 CDs Â», raconte-t-il. Les premiers albums de reggaeton restent en effet difficiles Ă  trouver sur l’üle. « Il y en a aussi beaucoup que j’ai achetĂ© Ă  New York [oĂč vit une importante communautĂ© portoricaine] », complĂšte-t-il.

La collection de reggaeton n’est cependant pas la seule que possĂšde Adrien Vanbocquestal. « C’est 10 % de ce que je collectionne Â», signale-t-il. Le Lillois est, entre autres, un grand amoureux de mĂ©tal. Reste que Porto Rico lui « correspond Â» plus que tout. Une Ăźle qu’il a dĂ©couverte sur un coup de tĂȘte : « J’ai rencontrĂ© une Portoricaine Ă  une rĂ©sidence universitaire de Lille [
]. Un soir, elle me dit : “Il faut que tu viennes visiter mon Ăźle”. On est en 1997. Je lui claque dans la main, et je lui dis : “Je viendrai” Â». Le passionnĂ© n’a jamais regrettĂ© son voyage : il y passe dĂ©sormais trois mois chaque annĂ©e.


Entre deux tracks

đŸ—žïž L’actu de ces 15 derniers jours : J Balvin va ĂȘtre le premier artiste Ă  recevoir une statue Ă  son effigie sur la Route du Talent, Ă  MedellĂ­n en Colombie. Le reggaetonero doit voir sa figure inaugurĂ©e le 2 fĂ©vrier prochain dans le cadre d’un projet visant Ă  rendre hommage aux artistes locaux. Signe que MedellĂ­n est bien devenue l’une des capitales mondiales du genre musical.

đŸ–Šïž Ă€ noter aussi : 20 ans aprĂšs le succĂšs de « Dale Don Dale Â», Don Omar peine encore Ă  concevoir le succĂšs du reggaeton Ă  l’échelle mondiale. « Je suis issu d'un genre qui Ă©tait tellement axĂ© sur Porto Rico, dans les rues. Et c'Ă©tait tellement... Tellement Ă  nous. Si portoricain. L'argot, nos vĂȘtements, notre façon de communiquer, les mots que nous utilisions. Tout Ă©tait trĂšs local Â», se souvient-il dans une interview accordĂ©e Ă  Billboard mi-janvier.

💃 OĂč aller danser dans les 15 prochains jours ? Impossible de manquer la premiĂšre soirĂ©e « Reggaeton Gang Fusion Â» de 2024 samedi prochain. Une fois tous les deux mois, le collectif Perreo Supremo investit La Machine du Moulin Rouge, Ă  Paris (90, boulevard de Clichy) avec ses danseur·euses et son « inclusive perreo Â». Ce 3 fĂ©vrier, Perreo Supremo s’associe Ă  Fumaça Fluxo : reggaeton Ă  l’étage, funk brĂ©silien au rez-de-chaussĂ©e. À partir de 16,83 euros (ouverture des portes Ă  23 heures).


L’artiste : Bad Gyal, entre dancehall et reggaeton

J’avais notĂ© la date de sa sortie dĂšs son annonce. Bad Gyal dĂ©voile ce vendredi 26 janvier son premier album, intitulĂ© La Joia, sept ans aprĂšs le dĂ©but de sa carriĂšre. Un disque rempli de reggaeton, de trap mais aussi de dancehall. Depuis ses dĂ©buts, la chanteuse catalane explique s’ĂȘtre identifiĂ©e Ă  ce genre musical originaire de la JamaĂŻque. « Je dirais que le genre qui m’a le plus influencĂ© [
], qui m’a fait le plus me sentir moi-mĂȘme, c’est le dancehall », expliquait-elle au micro du youtubeur portoricain Chente Ydrach en novembre 2023. Avant de poursuivre : « Ă‰videmment, j’ai dĂ©couvert le reggaeton avant le dancehall parce que quand Daddy Yankee, Don Omar ont une audience mondiale, ça arrive en Espagne ». Bad Gyal fait en effet partie de cette gĂ©nĂ©ration espagnole bercĂ©e aux titres des reggaetoneros et reggaetoneras. « C'est ce qui a fait que notre gĂ©nĂ©ration se soucie moins de la danse ou des femmes qui s'expriment avec leur corps Â», estimait-elle auprĂšs du Guardian en 2018. L’intĂ©rĂȘt de la chanteuse pour ces genres musicaux a posĂ© la question de l’appropriation culturelle. « La musique que je fais n’est pas purement dancehall [
]. Je l’aime [le dancehall], je le respecte, mais je ne me mets pas dans la mĂȘme case parce que je ne suis pas jamaĂŻcaine, je suis espagnole Â», rĂ©pondait-elle au magazine Dazed. La Catalane revendique avoir sa propre « vibe Â». Une vibe Ă  l’esthĂ©tique des annĂ©es 1990/2000 (« Flow 2000 »), Ă  l’egotrip bien prĂ©sent (« Sin CarnĂ© ») et aux thĂ©matiques rĂ©solument fĂ©ministes (« Zorra »).

La playlist underground
 de Dj El Francùs

  • « Los 12 DiscĂ­pulos », Eddie Dee x Daddy Yankee, Gallego, Tego CalderĂłn, Voltio, Ivy Queen, Johnny Prez, Wiso G, Zion & Lenox (2004) : « Eddie Dee, c’est le premier artiste que je vais mettre dans la playlist ! », s’exclame le collectionneur. La chanson est aussi le titre d’un album collaboratif entre le chanteur de Porto Rico et plusieurs stars du reggaeton de l’époque. Un vrai bijou.

  • « Felina », HĂ©ctor y Tito (2002) : Pour s’initier Ă  la compilation Season Finale 1998-2003 du grand duo du genre.

  • « Tra Tra Tra », Don Cheniza (1998) : « Le “tra”, on l’entend beaucoup dans les morceaux de reggaeton. Ca rĂ©chauffe l’ambiance Â», conseille enfin le passionnĂ©.

Bonne Ă©coute ! 📀

👋 C’est la fin de cette Ă©dition ! Je vous donne rendez-vous dans 15 jours, le 9 fĂ©vrier prochain, pour encore plus de reggaeton. D’ici lĂ , pour toutes questions ou recommandations, n’hĂ©sitez pas Ă  me contacter par mail (ugu.lola@gmail.com). À trĂšs vite ! :)

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Révolution Reggaeton

Par Lola Uguen

Moi, c’est Lola, j’ai 23 ans et je suis Ă©tudiante en journalisme. J’ai grandi prĂšs de Brest, Ă  des milliers de kilomĂštres des CaraĂŻbes. Et pourtant, il y a trois ans, je suis devenue accro Ă  une chanson passĂ©e sur Skyrock : « DĂĄkiti Â». Du reggaeton. Quelques mois plus tard, je me suis envolĂ©e en Espagne pour un Erasmus. LĂ -bas, le reggaeton est partout : dans les boĂźtes de nuit, les centres commerciaux, Ă  la radio et dans les festivals. C’est devenu mon genre musical prĂ©fĂ©rĂ©.

Le titre « DĂĄkiti Â» ne vous Ă©voque peut-ĂȘtre rien, mais vous avez sĂ»rement dĂ©jĂ  entendu le nom de son interprĂšte. Il s’agit de Bad Bunny. De 2020 Ă  2022, il a Ă©tĂ© l'artiste le plus Ă©coutĂ© au monde sur Spotify. En France, la culture reggaeton se dĂ©veloppe aussi : des collectifs se crĂ©ent, les soirĂ©es sont de plus en plus nombreuses.

Avec RĂ©volution Reggaeton, je vous propose de dĂ©couvrir ce genre musical venu de Porto Rico, et de se pencher sur son influence un vendredi sur deux. Au programme : des sujets autour de l’ampleur que prend le reggaeton, des actus, un·e artiste Ă  dĂ©couvrir et une mini-playlist.